Où on cause du Thor… Si le premier Thor était shakespearien de par la réalisation de Kenneth Branagh, le second pourrait plus avoir la saveur de Game of thrones, mais toujours à la sauce Marvel, soit de l’action épique, du drame intimiste et un soupçon d’humour.

 

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« Au cours des années, nous avons divisés nos comic books en trois piles, raconte Kevin Feige, président de Marvel Studios et producteur des films Marvel. Ceux qui seraient géniaux pour un premier film, ceux qui seraient cool en cas de deuxième film, et ceux que l’on ne pourrait pas utiliser avant un troisième film. Nous savions donc que Le Monde des ténèbres viendrait après Thor mais aussi après Avengers. » Dans son second opus, Thor va donc affronter les elfes noirs et leur leader Malekith (apparu pour la première fois dans Thor n°344) qui veut renvoyer l’univers dans l’âge des ténèbres. Et c’est Alan Taylor qui a la lourde tâche de mettre en images ce nouveau sauvetage du monde.

Une texture à la Game of thrones

Alan Taylor était le premier choix pour réaliser Thor : Le Monde des ténèbres mais pris par le tournage de la saison 2 de Game of thrones, il a dû décliner l’offre. Patty Jenkins a alors été engagée. « Elle a réalisé Monster mais aussi la série The Killing, précise Kevin Feige. C’est le genre de réalisateurs inattendus qui nous intéressent, que nous croyons capables avec notre aide et l’aide de l’équipe mise en place de réaliser un grand film de franchise à succès. Mais on s’est aperçu que ça ne fonctionnait pas avec Patty lors de la préparation. Le développement du projet prenait trop de temps à décoller. » Marvel s’est alors retourné vers Alan Taylor, désormais libéré de Game of thrones. « Cette série nous a décidé, continue Kevin Feige. J’avais déjà vu le nom d’Alan sur des séries que j’adore comme Les Soprano et Mad Men. Je voulais que Thor : Le Monde des ténèbres soit plus dur sans être plus sombre, qu’il soit plus ancré dans la réalité, qu’il ait une autre texture, façon Game of thrones. »

Thor-The-Dark-World_33« Je leur ai dit ce que j’aimais et ce que je voulais changer mais on était déjà sur la même longueur d’onde, remarque Alan Taylor. De mon côté, c’était comme rejoindre une série car Thor : Le Monde des ténèbres est un second épisode avec un casting déjà en place. Comme sur Game of thrones, il y a un équilibre entre le côté épique et les relations intimes entre parents et enfants, dans les fratries, et on tue même des gens qu’on aime bien. J’étais en terrain connu. »

Thor est une grenouille

Marvel lui a quand même donné à lire tous les numéros de Thor. « Ca ressemble à un trou noir dans lequel vous pourriez disparaître, sourit Alan Taylor. Il y a des trucs psychédéliques et dingues. Certains numéros sont exceptionnels, d’autres de mauvais goût. Vous connaissez celui où Thor est une grenouille ? Pour moi, le thème général de Thor est le fait de devenir adulte et le monde des ténèbres représente cet âge adulte. La vie devient plus dure, plus sombre, plus compliquée. Le tout sur un arrière-plan viking à l’état brut. C’est l’imagerie que je voulais capturer. »

Thor-The-Dark-World_22Il ne voulait pas d’affreux monstres faits d’effets spéciaux visibles mais des elfes noirs avec un beau visage et incarnés par des acteurs arborant des masques de latex. Il ne voulait pas d’écrans verts de studios qu’ils trouvent claustrophobiques mais un tournage en extérieur pour sa grisaille et sa poussière. « Le premier Thor était trop propre, reprend Alan Taylor. Asgard était trop brillant, trop neuf alors qu’il existe depuis des centaines d’années. Pour moi, ces personnages et ces dieux ne semblaient pas avoir une histoire. J’avais envie d’un monde avec du vécu, plus réel et plus viscéral. Je voulais éviter ce palais immaculé au maximum, sauf pour le détruire. Je voulais aller dans les pubs et les ruelles d’Asgard, sur les terrains d’entrainement où les guerriers mouillent leur chemise. Au final, j’ai passé plus de temps dans le palais. Mais il brille moins et j’ai quand même eu le droit de le détruire. »

Entrant dans l’univers de Marvel, Alan Taylor s’attendait à n’avoir aucune liberté créatrice pour son film. Le palais est pourtant la seule concession qu’il avoue avoir dû faire lors du tournage. « A ma grande surprise, personne ne m’a dit comment ni quoi filmer. Ce n’est qu’en postproduction que j’ai senti la prise en main de Marvel. J’en ai parlé à d’autres réalisateurs et c’est leur façon de faire. Ils savent ce qu’ils font, ils ont un univers à servir, un public qu’ils connaissent bien. Ils ont donc débarqué en postproduction, pris ce que je faisais et en ont fait ce qu’ils voulaient. C’est ce qui a été le plus douloureux sur ce film. Ca et quand ils ont viré Carter Burwell, le compositeur que j’avais engagé et que je vénère. J’étais content de ses premiers morceaux, Marvel pensait différemment. »

Alan Taylor reste celui qui sera jugé sur le résultat et il est terrifié de la future réaction des fans de Thor. « Si après avoir vu Thor : Le Monde des ténèbres, quelqu’un dit sur Internet qu’il vient de voir un John Carter avec des cheveux blonds, on est mal. »

Article paru dans Studio Ciné Live – N°53 – Octobre 2013