The Duke raconte l’histoire vraie de Kempton Bunton, un sexagénaire qui, en 1961, a volé à la National Gallery de Londres le portrait du Duc de Wellington peint par Goya. Pour restituer le tableau, il exigeait que le gouvernement rende gratuit l’accès à la télévision pour les personnes âgées. Il est alors devenu l’homme le plus recherché de toutes les polices de Grande Bretagne. Le film, léger et plein d’humour, est aussi le récit émouvant d’une famille se déchirant doucement depuis la mort tragique d’un enfant. The Duke de Roger Michell sort en salles ce 11 mai. [SPOILERS]

Helen Mirren et Jim Broadbent

La genèse

En 2017, Christopher Bunton, fils de Jackie et petit-fils de Kempton, a envoyé un email à la productrice Nicky Bentham. Il lui a raconté l’histoire de son grand-père pour qu’elle l’adapte au cinéma. La jeune femme a commencé à faire des recherches approfondies afin de confirmer les informations de Christopher Bunton. La famille lui a donné accès à toutes leurs archives. Elles contenaient aussi bien des exemplaires des pièces de théâtre de Kempton que des photographies de Marian, la fille aînée des Bunton morte dans un accident de vélo.

Nicky Bentham a alors acquis les droits de l’histoire. Richard Bean et Clive Coleman ont écrit le scénario de The Duke.  Ils ont basé leurs recherches sur les pièces de théâtre de Kempton – aucune n’a jamais été publiée. Elles évoquaient toujours des sujets très chers à son cœur et disaient finalement beaucoup de choses sur lui. Les deux auteurs s’en sont inspirés pour trouver le bon ton à donner à la voix de Kempton qui mêlait humour et humanité.

Jim Boadbent et Fionn Whitehead

Kempton Bunton, entre Robin des Bois et Don Quichotte

La conviction première de Kempton Bunton était que nous sommes tous connectés, qu’en prenant soin des plus faibles nous prenons également soin de nous-mêmes. Il pensait réellement qu’il pouvait changer le monde et améliorer le comportement de son prochain. Il était particulièrement obsédé par le sort des personnes âgées, que la pauvreté mettait aux marges de la société. La télévision constituait pour lui un remède à leur solitude et il milita pour qu’elles y aient accès gratuitement. Il a d’ailleurs fait de la prison à deux reprises pour avoir refusé de payer les redevances de la BBC.

“Malgré les échecs constants que la vie lui a infligés, Kempton était un éternel optimiste et un activiste,” explique Roger Michell, le réalisateur de The Duke. “Partout, nous avons besoin de gens comme lui. Ils mettent toujours des bâtons dans les roues des autorités et remettent en question tout ce qu’on leur ordonne d’accepter.

Cependant, la sensibilité de Kempton aux problèmes des autres accompagne son incapacité de reconnaître les besoins de sa famille. Ses efforts forcenés pour changer les choses, grâce à ses pièces de théâtre, son activisme ou ses rêves d’un avenir meilleur, ne l’ont pas toujours amené à prendre les bonnes décisions.

Jim Broadbent

Jim Broadbent, charme et malice

Richard Bean et Clive Coleman ont écrit le scénario de The Duke en pensant à Jim Broadbent pour le rôle de Kempton Bunton. “Il fallait un acteur qui puisse exprimer à la fois l’optimisme et le désespoir,” précise Clive Coleman. “Jim y arrive avec la plus grande aisance.”  Il lui confère du charme et de la tendresse et un côté adorable et malicieux.

Quand Jim Broadbent a reçu le scénario, il s’est vaguement souvenu de cette histoire dont il avait entendu parler dans son enfance. L’acteur était autant captivé par la complexité du rôle que par le fait qu’il était basé sur un personnage réel. Il estimait également que le propos du film était totalement d’actualité. “Toute cette histoire porte un message puissant magnifiquement transmis par les scénaristes,” avoue-t-il. “Kempton a eu le courage de risquer sa peau pour le bien des autres, car c’était dans sa nature de prendre soin de son prochain. C’est un personnage complexe et totalement ambivalent. Il est intègre, mais légèrement bête. Il a toujours de bonnes intentions mais il se trompe aussi !”

Dorothy Bunton, le pilier de la famille

Helen Mirren

Pendant que Kempton Bunton s’enferme dans la chambre du fond afin d’écrire ses pièces ou sort militer pour ses campagnes, son épouse Dorothy fait vivre la famille et apporte l’unique revenu stable avec un travail de femme de ménage.

Elle est aussi toujours dévastée par la mort de leur fille aînée, Marian, au point qu’elle ne peut pas parler d’elle ni aller sur sa tombe. Même si le film est centré sur Kempton et ses lubies, il montre aussi comment Dorothy parvient à comprendre qu’elle a le droit de pleurer cette perte terrible et à faire son deuil. Lorsque qu’elle accroche le portrait encadré de Marian au-dessus de la cheminée, la famille est enfin prête à tourner la page. “C’est plutôt ce portrait-là et non celui du duc de Wellington qui les occupe et qui va réunifier la famille,” souligne Nicky Bentham. En hommage aux vrais Bunton, les producteurs de The Duke ont utilisé le portrait authentique de Marian dans le film.

Helen Mirren, force et intelligence

Jim Broadbent et Helen Mirren

Le premier choix des producteurs afin d’incarner Dorothy a été Helen Mirren. Ils recherchaient une actrice dotée d’une force et d’une intelligence innées qui serait crédible dans le rôle de cheffe de famille tout en gardant l’humanité d’une femme bonne et aimante impliquée dans des événements extraordinaires.

“L’histoire m’a surprise,” admet la comédienne. “J’aurais été très sceptique si elle n’avait pas été avérée. J’ai adoré le charme du scénario, il était mignon et très attendrissant. J’adore les années 1960, c’était une époque plus naïve et plus innocente. Dorothy, comme beaucoup d’autres épouses, est la pragmatique de la famille, c’est elle qui maintient tout le monde à flots. Kempton est un rêveur, mais il est très dévoué et encourageant à plusieurs égards. Nous devrions prendre exemple à la fois sur lui et sur Dorothy : c’est bien beau de rêver, mais il faut bien payer les factures ! Les pragmatiques aussi méritent qu’on fasse leur éloge.”

Jackie Bunton, le fils loyal

Fionn Whitehead et Jim Broadbent

Fils discret et fiable, Jackie est un simple constructeur de bateaux de Newcastle. Il veut faire ce qui est juste et rendre fiers ses parents. Il est aussi un jeune homme qui porte un secret et qui est obligé de subir les événements se déroulant autour de lui et dont il est responsable. C’est en effet lui, le véritable voleur du tableau.

Fionn Whitehead, qui l’interprète, a réussi à se mettre dans la peau de son personnage après avoir compris les motifs qui l’avaient poussé à agir. “Je pense que c’est sa frustration refoulée par rapport à la situation de sa famille qui l’a incité à voler le tableau,” explique l’acteur. “Il a en partie hérité du mépris de Kempton pour l’ordre établi et a pris à cœur de nombreuses revendications de son père. Il bouillonne pendant tout le film, c’est un personnage très discret qui garde ses pensées pour lui.” Jackie espère que ce vol redorera l’image de son père auprès de sa mère et résoudra la déchirure familiale.

Crédit photos : © Pathé