Une jolie histoire, visuellement magnifique. Le Petit Nicolas – Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? revient sur l’amitié de Jean-Jacques Sempé et René Goscinny alors qu’ils donnent vie au petit garçon espiègle que l’on connaît tous. Mis en images avec le style de Sempé, le film d’animation revient sur la rencontre et la vie des deux créateurs et intercalent huit aventures du Petit Nicolas et de ses proches et camarades de classes. Le long-métrage d’Amandine Fredon et Benjamin Massoubre sort en salles ce 12 octobre.

Le Petit Nicolas

La genèse

Au départ, l’idée était de mêler des vidéos d’archives de Jean-Jacques Sempé et René Goscinny à des histoires dessinées du Petit Nicolas dans un documentaire. Puis, l’envie de réaliser la totalité du film en animation s’est imposée comme étant un projet plus cohérent. De plus, cela permettait on seulement d’adapter, pour la première fois, le Petit Nicolas en cinéma d’animation avec les personnages, décors et couleurs iconiques mais aussi développer des séquences qui racontent les vies des deux artistes avec un maximum d’éléments biographiques.

Le destin des deux créateurs

Echange d'idées entre Jean-Jacques Sempé et le Petit Nicolas

Jean-Jacques Sempé discute avec le Petit Nicolas

Jean-Jacques Sempé et René Goscinny ont imaginé pour le Petit Nicolas une enfance rêvée de conte de fées et développé un humour et un caractère solaire pour pallier à des drames vécus dans leurs jeunes années : la famille Goscinny a connu la Shoah et Jean-Jacques Sempé n’a pas reçu l’amour qui permet à un enfant de s’épanouir. Adultes, les deux artistes ont ensuite galéré pour vendre leurs dessins et se faire connaître. Mais ils ne se sont pas laissés abattre malgré les épreuves et ont décidé de voir la vie du bon côté. D’où le choix du sous-titre : “Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?”

Les deux hommes se sont rencontrés en 1953, à l’agence World Press. René Goscinny, 27 ans à l’époque et déjà en poste, a tout de suite encouragé Jean-Jacques Sempé, 21 ans. Ils sont devenus les meilleurs amis du monde. Deux ans plus tard, ils donnaient naissance au Petit Nicolas.

La création du Petit Nicolas

Sempé et Goscinny ont crée une petite famille au Petit Nicolas

La famille du Petit Nicolas

Le Petit Nicolas est né en 1955. Le Journal de Bordeaux pour lequel Jean-Jacques Sempé dessinait voulait des histoires pour accompagner ses illustrations. L’artiste a demandé à René Goscinny de s’en charger. Jean-Jacques Sempé a créé visuellement le petit garçon puis l’a baptisé Nicolas après avoir vu passé un bus avec une affiche publicitaire pour le marchand de vins. Il voulait titrer les histoires “Les formidables aventures de Nicolas”. René Goscinny a préféré “Le Petit Nicolas”, moins prétentieux. Tous deux ont ensuite créé l’univers et les autres personnages au fur et à mesure des récits : les parents du Petit Nicolas, sa maison ou encore ses copains – dont Alceste, son meilleur ami rondouillard inspiré de René Goscinny.

Créer Sempé et Goscinny en animation

Le Petit Nicolas discute avec René Goscinny

René Goscinny face au Petit Nicolas

Les réalisateurs Amandine Fredon et Benjamin Massoubre ont voulu éviter l’hagiographie tout en restant dans l’hommage et le respect. Pour les voix off, ils ont souvent repris les propres mots de Jean-Jacques Sempé et René Goscinny dans des interviews. Afin de les dessiner, ils observé leurs façons de se mouvoir sur les vidéos d’archives. Grâce à Anne Goscinny, la fille de René Goscinny, créditée pour le scénario, les dialogues et l’adaptation, ils ont pu observer les tapuscrits et les dessins originaux du Petit Nicolas. Ils ont eu la possibilité d’avoir un rapport tactile avec les documents et les stylos de son père ou encore de s’asseoir à son bureau. Ils ont alors essayé de retranscrire et d’intégrer à leur film l’émotion qu’ils ont éprouvée mais aussi ce rapport au toucher, au dessin à la plume, à l’écriture à la machine, au bruit des feuilles volantes…

Deux mondes, deux styles

Le Petit Nicolas – Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? mélange avec subtilité deux mondes, le réel – celui de Jean-Jacques Sempé et René Goscinny – et le créatif– celui du Petit Nicolas. Ces univers se distinguent autant par le dessin que par la mise en scène.

Pour l’univers du Petit Nicolas, le film reste au plus proche des illustrations du livre, que ce soit dans le trait ou dans la façon de ne pas dessiner entièrement les décors en laissant des surfaces blanches qui laissent place à l’imagination et à l’interprétation. Mais il associe également le travail illustratif de Jean-Jacques Sempé dans d’autres livres ou le New Yorker qui est plus colorisé et plus rempli. La difficulté était cependant de garder un personnage identique qu’on reconnaît immédiatement pour les besoins de l’animation. Il est en effet presque impossible d’imiter le trait de Sempé car il ne dessine jamais le même Petit Nicolas. De plus, le format vertical de ses dessins contribue à leur poésie alors qu’un film oblige à un format horizontal.

La mise en scène est constituée de plans très larges correspondants au livre, des dessins à l’aquarelle inachevés et une texture papier. Il n’y a pas de gros plans sur le Petit Nicolas car sa taille est sa principale caractéristique et il est souvent perdu au milieu d’un vaste décor où le vide est aussi important que le plein. Jean-Jacques Sempé a validé les dessins du long-métrage et participé aux premiers tests d’animation.

Pour le monde de Jean-Jacques Sempé et René Goscinny, Amandine Fredon et Benjamin Massoubre ne voulaient pas se cantonner au bureau de René Goscinny ni à l’atelier de Jean-Jacques Sempé. Ils devaient montrer que les deux artistes avaient puisé leur inspiration et leur créativité dans leurs voyages. En plus de donner des silhouettes aux deux artistes, ils ont inventé des formes et couleurs différentes, comme dans le flashback à Paris où Sempé passe, comme dans une comédie musicale, d’un décor à un autre. Ils ont aussi retracé les époques et les lieux dans lesquels ils ont vécu, de l’Argentine des années 20 au Paris occupé des années 40.

Goscinny et Sempé, les deux auteurs du Petit Nicolas

René Goscinny et Jean-Jacques Sempé

Les réalisateurs montrent aussi Jean-Jacques Sempé danser, chanter ou assister à un concert parce que la musique faisait partie inhérente de sa vie. Ils s’attardent également sur le côté bourlingueur de René Goscinny et le regard qu’il posait sur la société française. Ils ont travaillé des atmosphères très diverses et permettent aux spectateurs de vivre des émotions variées. Ici, le cinéma est plus classique avec une image remplie, entièrement colorisée, des travelings et des gros plans.

 

Crédit photos : © Onyx Films – Bidibul Productions – Rectangle Productions – Chapter 2