Avec Shaun le mouton et la bêêête d’Halloween, le studio Aardman entraîne son célèbre mouton dans une aventure où les citrouilles, les expériences scientifiques et les créatures velues promettent rires et frissons. Toujours fidèle à son humour burlesque, le film joue avec les codes du cinéma d’horreur sans oublier ce qui fait le charme de la saga : des personnages attachants, une imagination débordante et une animation artisanale riche en détails. Voici huit choses à savoir sur ce nouvel opus des aventures de Shaun le mouton qui sort en salles ce 21 octobre.
1 – Le projet est né d’une histoire de Saint-Valentin
L’idée de départ n’était pas Halloween, mais la fête des amoureux. Aardman envisageait initialement un court métrage dans lequel le Fermier devait se préparer pour un rendez-vous galant. Une poussée incontrôlable de poils et de cheveux venait alors compromettre ses projets romantiques. Au fil du développement, cette situation comique a pris une autre dimension et s’est transformée en une aventure automnale autour d’Halloween. Ce changement a permis aux auteurs d’explorer une saison encore inédite dans l’univers de Shaun, avec ses citrouilles, ses nuits inquiétantes et ses décors brumeux. Donner naissance à un monstre à partir d’une expérience ratée s’est alors imposé naturellement, permettant de jouer avec les conventions du fantastique tout en conservant l’esprit farceur de la série.
Le film est ainsi devenu le troisième long métrage consacré au petit mouton, après Shaun le mouton, le film (2015) et Shaun le mouton, le film : La Ferme contre-attaque (2019). Il ne s’agit toutefois pas d’une suite directe. Comme le précise le producteur Richard Beek, « ce film est indépendant des deux autres et c’est avant tout une grande aventure familiale dont Shaun est le protagoniste ».
2 – Le film rend hommage au cinéma d’horreur
Avec ce nouvel épisode, Shaun s’aventure pour la première fois dans un univers franchement inspiré du cinéma d’horreur. Les réalisateurs Steve Cox et Matthew Walker ont puisé dans l’imagerie des films de monstres des studios Universal des années 1930 et 1940, mais aussi dans les productions horrifiques des années 1980 qui ont marqué leur enfance. Le film revendique également l’héritage des comédies fantastiques britanniques, capables de faire naître un petit frisson avant de désamorcer la peur par un gag.
Tout l’enjeu consiste à installer une atmosphère inquiétante sans effrayer les plus jeunes. Le moulin imposant dans lequel Shaun aménage son laboratoire, les docks noyés dans la brume et les expériences aux lueurs vertes et violettes participent à cette ambiance. Mais, dans le pur esprit Aardman, le sérieux apparent des situations se heurte régulièrement à l’absurdité des personnages et aux accidents en cascade. Le résultat est moins un film terrifiant qu’une tendre parodie des grands récits de monstres, où le rire prend toujours le dessus sur l’épouvante.
3 – Shaun se transforme en savant fou
À quelques jours d’Halloween, Timmy et les autres moutons de la ferme de Mossy Bottom préparent une récolte de citrouilles. Mais un accident réduit leurs espoirs en miettes. Pour consoler son jeune cousin, Shaun, grâce à un vieux manuel scientifique, entreprend de fabriquer une potion capable de faire pousser de nouvelles citrouilles en un temps record.
Kate Anderson, cheffe du département Marionnettes chez Aardman, lui a créé un look de savant fou inspiré des inventeurs excentriques du cinéma : une touffe de laine blanche ébouriffée sur le sommet du crâne, une blouse de laboratoire aux coutures approximatives, de grands gants en caoutchouc trop larges pour ses sabots. Elle a complété sa panoplie avec des lunettes multifonctions à double monture, équipées notamment d’une lampe torche, d’un crayon et d’un taille-crayon. Cet accoutrement bricolé à partir d’objets de récupération glanés dans la décharge du coin, aussi ingénieux que fantaisiste, lui donne des airs d’apprenti sorcier. Son expérience va d’ailleurs vite lui échapper quand la potion se retrouve dans un flacon destiné à favoriser la repousse des cheveux…
4 – Une Bête très, très poilue
La créature du film s’avère une véritable masse de poils. Les animateurs ont d’abord eu l’idée de l’allure de la Bête en pensant à l’implantation capillaire du Fermier. Ses touffes de cheveux sur les deux côtés de son crâne dégarni lui dessinent, une fois longues, des cornes de diable. Sa transformation spectaculaire a été obtenue en tournant la séquence de manière inverse. L’équipe a commencé par filmer la Bête entièrement couverte de fourrure. Puis elle a remonté progressivement le temps, raccourcissant les mèches, ce qui lui a permis de lui faire essayer plusieurs styles de coiffure : punk, mode des années 70, bouclés…
D’après le chef marionnettiste Will Harding, ces mèches de poils contribuent largement à exprimer les émotions de la Bête. Elles insufflent aussi une énergie et une vitalité très particulières à ses mouvements erratiques. Chacune de ses 29 mèches de fourrure orange vif, animée indépendamment des autres, est constamment en mouvement au cours des déplacements de la créature. Pour les équipes d’Aardman, ce monstre représente un défi technique autant qu’une source de gags. L’animation image par image exige de déplacer les marionnettes par d’infimes étapes, en photographiant chaque nouvelle position. Avec une fourrure abondante, le moindre mouvement involontaire peut perturber la continuité visuelle.
5 – Un univers enrichi
Pour donner à cette aventure une identité visuelle nouvelle, les équipes ont multiplié les décors inédits. Le moulin délabré, imposant et lugubre, transformé en laboratoire de fortune et les docks mystérieux de Mossingham Docklands, et l’énorme cargo qui y est amarré, noyés dans la brume permettent à Shaun de quitter les espaces familiers de la ferme pour évoluer dans des lieux plus vastes et inquiétants. Dans la petite ville de Mossingham, Halloween approche à grands pas et des lanternes en citrouille décorent les rues.
La lumière joue un rôle essentiel dans le film. Les teintes automnales — or, rouge, brun et jaune — accompagnent les scènes diurnes. Les séquences nocturnes privilégient des nuances de bleu et de vert. Dans le laboratoire, les éclairages violets et verts soulignent les expériences de Shaun et traduisent visuellement son emballement de savant fou. Le directeur de la photographie Charles Copping explique que les changements de lumière permettent de rendre palpable les bouleversements qui se passent dans la tête du héros, à mesure qu’il perd pied avec la réalité. Les couleurs évoluent ainsi avec les expériences de Shaun, jusqu’à devenir plus agressives lorsque ses inventions échappent à son contrôle.
6 – Des chiffres hallucinants
Derrière la simplicité apparente des mouvements de Shaun se cache une production minutieuse. Pour ce long métrage, 30 animateurs ont travaillé sur 47 plateaux afin de réaliser 1 261 plans. En moyenne, chaque animateur a réalisé 2,26 plans par semaine, soit près de 8 secondes de temps utile de film. Shaun le mouton et la bêêête d’Halloween dure 1h20. Le travail d’animation représente près de 556 semaines cumulées, réparties sur 38 semaines de tournage. Au plus fort de la production, environ 170 personnes composaient l’équipe technique. Environ 500 noms figurent au générique. Le film a mobilisé deux fois plus d’équipes que les précédents longs métrages de la saga.
La fabrication des marionnettes constitue un chantier considérable. La production a utilisé, au total, 283 marionnettes, dont 70 entièrement nouvelles et 213 remises à neuf. Il y en a 26 de Shaun, 12 de la Bête, 12 de la Vétérinaire, 47 de personnages de foule ou d’arrière-plan, 42 d’animaux… Pour animer les expressions des personnages, les équipes ont sculpté à la main environ 1 220 bouches, réparties en 122 jeux destinés aux personnages principaux et secondaires. 90 costumes de marionnettes ont été créés ou remis à neuf. La plus grande marionnette du film est la Bête avec plus de 25 cm de haut. La plus petite est un minuscule ver de terre, d’environ 1 cm de haut.
Ces chiffres donnent une idée du travail nécessaire pour obtenir cette animation artisanale où chaque geste, chaque expression et chaque gag sont construits image après image.
7 – Des détails de fabrication étonnants
La minutie d’Aardman se retrouve jusque dans les accessoires les plus discrets. Les objets en verre installés dans le laboratoire de Shaun ont été soufflés à la main par une spécialiste de l’Université d’Oxford. Pour obtenir la matière orange et visqueuse qui s’écoule des citrouilles, l’équipe a mélangé un pigment orange à du « gel de musée », un gel de silice adhésif et transparent conçu pour protéger les œuvres d’art. De la gelée lubrifiante KY a servi à donner un aspect brillant à certaines surfaces, mais aussi à simuler des larmes, de la sueur ou des gouttes de pluie. Une partie du goudron visible sur les décors a même été fabriquée à partir de noix concassées, afin d’obtenir la texture recherchée.
Le manuel scientifique comporte des calculs et des formules scientifiquement exacts, inspirés de véritables procédés utilisés pour créer certaines substances chimiques. Le tournage a également nécessité entre 40 et 50 citrouilles. L’équipe a conservé la grange construite à l’origine pour la première saison de la série Shaun le mouton. Elle a ainsi servi à sept saisons d’épisodes télévisés, à deux courts métrages et, désormais, à trois longs métrages. Autre défi, les accessoires de Shaun devaient résister aux manipulations répétées des animateurs. Kate Anderson raconte ainsi que ses lunettes étaient renforcées pour pouvoir être déplacées image après image sans perdre leur position.
Ces détails, parfois invisibles à l’écran, illustrent la précision avec laquelle le studio fabrique son univers. Chaque objet a une fonction, une texture et une place dans le film.
8 – Derrière l’intrigue, une histoire de famille
Si Shaun se lance dans des expériences aussi risquées, c’est avant tout pour rendre le sourire à Timmy. La relation entre le mouton et son jeune cousin constitue le point de départ émotionnel du film. Face à la destruction des citrouilles, Shaun refuse de laisser Timmy dans le désarroi et cherche une solution, même si ses inventions finissent par lui échapper. Cette impulsion généreuse révèle aussi une facette différente du héros. Inventif, optimiste et volontiers téméraire, Shaun découvre qu’il ne peut pas tout maîtriser seul et qu’il doit compter sur les autres pour réparer les conséquences de ses initiatives. Qu’il a besoin de sa famille. Car ce film parle de la famille, et du fait qu’on a tous besoin de nos proches, y compris Shaun… »
L’aventure fantastique devient ainsi une histoire sur la solidarité et les limites de la débrouillardise individuelle. Entre la catastrophe capillaire, la course contre la montre et les péripéties destinées à sauver Halloween, l’humour reste omniprésent. Mais sous la fourrure de la Bête et les inventions loufoques de Shaun, le cœur du récit demeure celui d’une famille qui tente de se serrer les coudes lorsque tout dérape.
Crédit photos : © 2026 Aardman Animations Limited
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